Interview de Jean-Marie Andrès, président de la Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques

« Manifester, oui, mais pas sans un travail de fond »Jean-Marie-Andres-des-associations-familiales-catholiques-M.-le-President-lancez-un-debat-sur-le-mariage-homosexuel_lightbox_full

Alors que la 2ème édition des universités d’été des AFC se tient du 28 au 30 août à l’Île-Bouchard, leur nouveau président, Jean-Marie Andrès, invite les familles à continuer à s’investir dans la cité malgré les difficultés.

Quels seront les dossiers prioritaires de la rentrée ?

Le gouvernement a un agenda assez clair sur les thèmes de société. Mais, malgré l’effervescence qu’il y a eu cet été autour de la gestation pour autrui (GPA) et de l’affaire de la mère porteuse thaïlandaise, le dossier prioritaire concerne l’euthanasie, avec la nomination du député Jean Leonetti par François Hollande.

Il est d’ailleurs plus facile pour ce gouvernement d’être transgressif sur l’euthanasie – car beaucoup de Français sont aujourd’hui confrontés à des situations de fin de vie difficiles – que sur la gestation pour autrui, à laquelle nos compatriotes sont majoritairement opposés.

Bien entendu, nous ne sommes pas à l’abri d’initiatives de la gauche sur la PMA ou la GPA. Ce sont des thématiques sur lesquelles nous devons donc rester vigilants. Cependant, prenons garde de ne pas trop nous focaliser sur la GPA en l’absence de danger législatif, au risque de voir passer une mauvaise loi Leonetti II.

Quel est l’objectif des universités d’été des AFC ?

Les familles, et pas seulement celles qui adhèrent aux AFC, rencontrent des situations de stress. Ce stress est d’abord lié à une conjoncture économique difficile. On a l’impression que cette situation est irréversible que la France n’a pas les leviers pour la faire évoluer dans le bon sens. Du point de vue sociétal, le sentiment est identique, mais plus ancien. Nos adhérents estiment que la société dérive depuis des dizaines d’années (divorce, avortement, contraception, mariage pour tous, etc.) Qui plus est, ce contexte sociétal n’épargne pas nos familles, et c’est là une nouveauté. Aucune famille, aussi pratiquante soit-elle, ne peut dire aujourd’hui : « ça ne va pas arriver chez moi ».

C’est pour essayer de répondre à cette situation que l’université d’été a été inventée il y a un an, avec un postulat original : les familles sont capables de réfléchir entre elles et de trouver elles-mêmes des solutions. Elles n’ont pas besoin de grands pontes ou d’experts. C’est une manière pour nous de combattre la première source de stress des familles : celle de se sentir déshabilitées. Notre société nous interpelle sur des défis nouveaux et biens réels. à nous chrétiens d’élaborer les réponses qui ne sont pas encore présentes sur l’étagère.

Les situations de stress que vous évoquez suscitent parfois la tentation de se replier sur soi. Est-ce le cas aux AFC ?

Je rencontre parfois des personnes qui expriment cette éventualité. Mais la grande majorité de nos adhérents savent que la transmission au sein de la famille ne peut pas se faire par le repliement. Cette tentation de se créer un « cocoon » pour y chercher un refuge chaud alors que dehors il fait froid, ne leur correspond pas. Elles l’ont prouvé en 2013, lors des manifestations contre la loi Taubira, en étant très actives et entreprenantes, preuve qu’elles étaient très bien insérées dans le fonctionnement du monde et dans leur milieu. La famille est un espace ouvert et on pas fermé sur lui-même. La tentation du repli n’est tout simplement pas réaliste.

Les AFC sont très liées à la Manif pour tous. Le collectif appelle à une nouvelle manifestation le 5 octobre contre la GPA. Quelle est la position de votre association ?

Notre position est toujours la même. Dans un contexte transgressif, l’expression de la vigilance à des moments pertinents est nécessaire. Pourtant, pour rester crédibles, nous devons montrer que, sur un thème donné, il existe une capacité de mobilisation était fort et évident.

S’agissant de la GPA, l’opposition de l’opinion publique demeure un frein puissant à ce projet. L’enjeu est donc de l’entretenir, notamment par une mobilisation accrue des consciences. Et simultanément, d’éviter d’agiter le chiffon rouge, au risque de susciter un projet de loi transgressif.

Les manifestations sont-elles un bon outil ?

Il y a un risque de penser que les problèmes ne se règlent que par des manifestations.

Je rappelle que le mariage pour tous a été une expérience mitigée qui a mis en évidence de grandes incompréhensions. Alors qu’il a été beaucoup question de l’adoption pendant ce débat, le mariage en lui-même a été peu abordé. Et en définitive, quand aujourd’hui 60% des Français semblent à l’aise avec la notion de mariage pour tous, on peut parler d’un échec à construire une compréhension commune de ce qu’est le mariage et en quoi, au-delà de la procréation, l’altérité des sexes est indispensable à l’amour humain.

Cela démontre que les manifestations sont un outil de dernier recours, et qu’elles ne sont pas appropriées pour véhiculer des messages complexes. Manifestez oui, mais pas sans un véritable travail de fond pour former, éclairer et proposer. Car, sans réponses claires, ce sont nos familles elles-mêmes qui peuvent un jour se trouver exposées.

Propos recueillis par Antoine Pasquier, Famille Chrétienne n°1911, août 2014

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